Novembre 1916
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CARACTERISTIQUES PRINCIPALES

Construit par Arsenal de la Marine, Brest

Lancé  1899

Déplacement : 12750 tonnes

Longueur entre perpendic. : 127m85

Largeur au maître-bau : 21m20

Tirant d'eau moyen au déplacement standard : 8m50

Equipage

650 hommes  

Propulsion

2 Machines à vapeur à triple expansion - Chaudières Niclausse

Puissance  :  16200 CV

Vitesse : 17,5 noeuds

Armement

4 x 305mm -10 x 164mm  - 8 x 100mm  - 22 x 75mm

2 TLT

   Rade de Salamine, 15 Novembre 1916

   A l'automne 1916, l'Amirauté décidait de renvoyer le vénérable cuirassé Suffren vers l'Arsenal de Lorient où l'on devait soit procéder à sa remise en état, soit le désarmer. Non pas que le navire fut devenu vieux, il avait 15 ans mais entre temps, il était devenu totalement obsolète avec l'apparition des cuirassés de type "Dreadnough". De surcroit, deux années de guerre, une collision avec un vapeur et le séjour qu'il venait d'effectuer dans la zone de combats des Dardanelles l'avaient considérablement éprouvé et pour ne rien arranger, sa machine fatiguée ne lui permettait plus qu'une vitesse maximale de 12 noeuds. Le vieux cuirassé était devenu un infirme.

   C'est ainsi que le 15 Novembre, sous le commandement du Capitaine de Vaisseau Rodolphe Guépin, il a repris la mer depuis Salamine en direction de Bizerte où il doit charbonner. Il y arrive le 18 au matin et mouille en rade où l'attendent déjà les chalands noirs chargés de charbon. Corvée de briquettes ! Elle va durer toute la journée... Le monstre repu en a englouti 700 tonnes dans ses soutes. Le lendemain Dimanche, la bordée de repos est autorisée à descendre à terre ; certains en profitent pour écrire et poster une carte à leurs familles.

   20 Novembre, le Suffren reprend la mer vers Gibraltar. Le temps est exécrable, la mer déchaînée et le vent en furie. La traversée est difficile pour le vieux cuirassé qui souffre dans la tempête. Nombre de messages d'alerte au sous-marin sont captés mais aucun ne croise sa route et il vient s'amarrer sur un coffre au pied du célèbre rocher. Une nouvelle fois, corvée de briquettes ! Les chaufferies du cuirassé sont des dévoreuses de charbon. Deux torpilleurs français sont également sur rade et leurs commandants passent saluer le Commandant Guépin. On s'étonne même d'apprendre que le cuirassé va prendre la route de Lorient sans escorte. Guépin le premier s'en est alarmé dès le départ de Salamine, mais il n'y a pas d'escorteurs disponibles. C'est donc en solitaire que le cuirassé va remonter le long du Portugal, arrondir l'Espagne puis viser Lorient à travers le Golfe de Gascogne. Une traversée d'une centaine d'heures à la vitesse à laquelle se déplace le vétéran, dans une zone où les sous-marins ne sont pas rares.

   A 15 heures ce 24 Novembre, le Suffren largue le coffre et met le cap à l'ouest pour sortir du Détroit. Ils sont 648 hommes à bord, 648 marins dont les pensées se tournent désormais vers la Bretagne...

Vendredi 24 Novembre, le Suffren quitte Gibraltar, ce sera l'ultime cliché du navire.

Base Navale d'Heligoland, 15 Novembre 1916

   A des milliers de kilomètres de Salamine tandis que le Suffren appareille, ce même jour, le sous-marin U 52 commandé par le Kapitänleutnant Hans Walther, un officier de 33 ans, prend la mer lui aussi. Son ordre de mission prévoit qu'il devra contourner la Grande Bretagne par le Nord puis descendre vers les Canaries où l'on espère rencontrer des vapeurs alliés venus charbonner dans ces îles. Ensuite, à la discrétion de son Commandant, l'U 52 devra se rendre en Méditerranée pour rejoindre la base de Cattaro. Neuf jours plus tard, dans le Golfe de Gascogne, il engage le combat au canon avec un vapeur armé anglais mais ce dernier parvient à s'échapper. Poursuivant sa descente vers le sud, le 26 novembre au matin, l'U 52 se trouve au large de Lisbonne. Ouvrons le journal de bord du sous-marin à cette date :

Chargement d'une torpille sur un U-Boot du même type que l'U 52

Journal de guerre (KTB) du sous marin U 52.

 Datum Uhrzeit

Angabe des Ortes, Wind, Wetter, Seegang, Beleuchtung, Sichtigkeit der Luft, Mondschein, usw.

Vorkommnisse

 26.11.16

8h30

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8h56

 

 

 

 

 

 

9h03

  Au large de Lisbonne

 Vent NW force 5, grosse houle. Ciel en partie couvert

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L = 39.10N G = 10.48W

 

 

 

 

 

 

 A 3 quarts sur bâbord avant apparaissent les mats élevés d'un navire de guerre qui fait route au nord. Plongée rapide. C'est un grand navire à 2 cheminées que je prends pour un cuirassé ancien du type Formidable. Pas d'escorte, route droite. Manoeuvré pour attaquer par l'avant. Après être venu à la route d'attaque, mis à petite vitesse. Mais à cette vitesse, la grosse houle ne permet pas de tenir l'immersion. Je mets alors à demi vitesse ce qui me fait courir le risque de venir trop près. Je change donc de route pour attaquer sous un grand angle d'incidence tout en me réservant la possibilité de lancer en gyro-déviation par les tubes arrière. Les tubes arrière étant prêts, ils sont remplis. Cette manoeuvre rend le sous-marin lourd de l'arrière et le kiosque sort de l'eau à environ 500 m du but. En envoyant tous les hommes à l'avant, nous parvenons à ramener le bateau à son immersion de combat.

Lancé par le tube d'étrave N°2. Comme j'ai probablement été aperçu et que je me trouve très en avant du but, je redoute d'être abordé par lui et je fais prendre l'immersion de 20 mètres en mettant la barre toute à droite. Entre temps, au bout de 18 secondes, se font entendre une première détonation assez sèche, puis une second plus sourde qui secoue violemment le bateau. Afin de voir ce qui se passe, je remonte à 11 m. Avant même que notre évolution soit terminée, tandis que nous remontons, nous devenons très lourd de l'arrière. Peu de temps après un choc se produit à l'extérieur et on entend un râclement contre la coque. Il est impossible de manoeuvrer le périscope qui est bloqué à moitié sorti. Je fais reprendre un moment l'immersion de 20 mètres. Aucun bruit n'étant plus perceptible, je fais un tour d'horizon. Sur l'arrière, je vois une grosse tache claire et calme sur la surface de la mer qui est couverte de suie. On ne voir rien d'autre. Fait surface, vidangé les ballasts et ouvert le panneau du kiosque. Sept minutes après le lancement on ne voit plus qu'un nuage d'explosion que le vent emporte. Je m'explique l'évènement ainsi : l'explosion de la torpille a provoqué une explosion intérieure sur le bâtiment qui a coulé presque instantanément et le sous-marin l'a frôlé pendant qu'il coulait. Les traces de cette rencontre sont un enfoncement sur le pont et de profondes rayures sur le périscope arrière. De plus, sur l'un des supports des pare-mines se trouve un morceau de vêtement en toile et sur le mât avant (il doit s'agir du mât radio), un morceau de bonnet bleu avec une bordure rouge. Ces deux pièces d'étoffe sentent le roussi. Sur le pont, on retrouve également un morceau métallique provenant d'un projectile de gros calibre.

Cherché pendant 30 minutes encore des épaves ou des survivants, mais n'avons rien trouvé. Poursuivi la route.

   Ce cuirassé qui vient de couler quasi instantanément sous l'effet de la seule torpille lancée par l'U 52 est en effet le Suffren. Il n'a pas eu le temps d'émettre le moindre signal de détresse, pas eu le temps pour sauver un seul des hommes qu'il portait. A Lorient, des jours durant on attendra vainement son arrivée... Un mois plus tard, un communiqué laconique repris dans la presse, signalera que le Suffren qui était porté manquant est considéré comme perdu avec tout son équipage. (L'Illustration du 30.12.1916).

   L'U 52 atteindra Cattaro le 24 décembre au terme d'une patrouille de 6385 milles en 39 jours. En dehors du Suffren, il n'a coulé qu'un seul vapeur ainsi que le trois-mâts français Emma Laurans.

Henri JULOU, Capitaine d'Armes disparu avec le cuirassé

Un ouvrage recommandé :

« L’Agonie du SUFFREN », Pierre BÉARN,  Nouvelles Éditions Latines, Avril 1937.

et un lien vers le forum Histoire 14-18 dans le fil consacré au Suffren avec nombre d'informations, notamment la liste d'équipage.